20/10/2007

Cinquante propositions pour améliorer la situation des détenus

Encellulement individuel obligatoire, accès au téléphone, contrat de travail, visite des familles en quartier disciplinaire. Le comité d'orientation, installé en juillet par la ministre de la justice, Rachida Dati, pour préparer une loi pénitentiaire, devait présenter lundi 22 octobre une cinquantaine de propositions pour changer la prison. Les préconisations, dont Le Monde a eu connaissance, portent sur les régimes de détention, les droits et devoirs de la personne détenue et les alternatives à la prison. Le chapitre sur les "missions du service public pénitentiaire" devrait être rendu dans deux semaines et certaines dispositions affinées.

Le comité d'orientation restreint sur la loi pénitentiaire est présidé par Jean-Olivier Viout, procureur général à Lyon, et composé de 25 membres (magistrats, avocats, syndicats, etc.). Une bonne partie de ses préconisations visent à permettre l'application de règles pénitentiaires européennes.

Régimes de détention. Le comité demande "l'encellulement individuel obligatoire des prévenus et accusés", comme cela est prévu par le code de procédure pénale, mais n'est pas appliqué en raison de la surpopulation carcérale. Il souhaite un régime de détention identique entre prévenus et condamnés. Les prévenus ont moins de droits que les condamnés.

Le comité veut mieux encadrer les critères d'affectation des condamnés dans des établissements à sécurité renforcée. Le maintien dans ces établissements sera réexaminé tous les ans. Il propose aussi la création d'unités regroupant certains détenus (toxicomanes, délinquants sexuels), avec des programmes de prise en charge, sur la base du volontariat. Il demande une meilleure prise en compte du maintien des liens familiaux, au moment du placement dans un établissement.

Il prévoit d'étendre d'un à deux ans le maintien des condamnés en maison d'arrêt, à condition qu'ils soient séparés des prévenus. Il préconise "l'abandon de l'exclusivité du critère de la longueur de la peine pour le choix de l'établissement".

Droits de la personne détenue. Le comité propose l'"élaboration systématique d'un bilan de la situation personnelle (physique, mentale, culturelle, professionnelle, familiale, sociale, etc.) de toute personne entrant en détention". Le détenu pourra se faire domicilier à la prison ou dans un centre communal d'action sociale. L'accès au RMI sera amélioré et les détenus ne le percevant pas pourront bénéficier d'une allocation d'insertion, à condition de suivre un projet de formation ou d'insertion. Le comité prévoit le droit à l'expression collective sur les conditions de détention. Le recours à la fouille corporelle doit être limité et le détenu doit être présent lors de la fouille de ses affaires.

La durée maximale de placement en cellule disciplinaire (le "mitard") passe de 45 à 28 jours. La décision du chef d'établissement peut faire l'objet d'un recours devant le directeur régional de l'administration pénitentiaire. Les détenus pourront recevoir des visites de leur famille pendant qu'ils sont en quartier disciplinaire.

Alternatives à l'incarcération et aménagements de peines. Le comité propose la création de l'assignation à résidence sous surveillance électronique pour éviter l'incarcération et l'obligation pour des collectivités locales de créer des postes de travail d'intérêt général.

Pour le comité, "l'aménagement de peines égales ou inférieures à un an d'emprisonnement est un droit pour le prévenu comparaissant libre". La mise en oeuvre de ces mesures reviendrait au parquet ou au service pénitentiaire d'insertion et de probation, sous le contrôle d'un juge d'application des peines. Le comité préconise un "examen systématique" de la situation des condamnés à mi-peine, pour voir s'ils peuvent bénéficier d'une mesure de libération conditionnelle. Il propose aussi de créer "de la semi-liberté ou du placement extérieur aux fins de recherche d'emploi".

11/10/2007

Réforme de la carte judiciaire : les avocats se retirent de la négociation

Le Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les quarante-sept mille avocats français, a annoncé, mercredi 10 octobre, qu'il suspendait sa participation au conseil consultatif créé par le ministère de la justice sur la réforme de la carte judiciaire. Les avocats entendent protester contre "le fractionnement des annonces, région par région", de la mise en œuvre de la réforme, qui "n'est pas de nature à répondre aux légitimes inquiétudes des barreaux qui se sont déjà manifestés", dit le CNB dans un communiqué.
La garde des sceaux, Rachida Dati, avait annoncé, mardi, à l'Assemblée, qu'elle allait finalement présenter région par région, et non pas au niveau national, son schéma de réorganisation de la carte judiciaire.

La ministre de la justice commencera, vendredi, ce tour de France des régions, en tandem avec François Fillon, par un déplacement à Lille. "Cette méthode, contraire à celle qui avait été annoncée, tend à imposer une réforme élaborée sans réelle concertation", estiment les avocats.

Les oppositions à la réforme de la carte judiciaire, qui doit rationaliser l'implantation sur huit cents sites des mille deux cents juridictions françaises, se sont multipliées ces derniers jours, notamment de la part des petits barreaux de province. La gauche, appuyée par certains élus de droite, demande un débat au Parlement.

01/10/2007

La carte judiciare en débats (suite)

L' analyse de Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire du Figaro.

S'il est une réforme qui met tout le monde, ou presque, d'accord, c'est celle de la carte judiciaire. S'il est une réforme que personne, jusqu'à présent, n'est parvenu à mettre en oeuvre, c'est celle... de la carte judiciaire.
L'implantation des tribunaux à travers le territoire est obsolète. Des juridictions actuelles ne correspondent plus aux données démographiques et économiques des zones pour lesquelles elles avaient été créées sur mesure ; a contrario, de nouveaux bassins dynamiques sont dépourvus de prétoires.
La réforme était l'un des engagements du candidat Sarkozy. Pendant la campagne présidentielle, ses proches spécialistes de la justice affirmaient même qu'elle était le préalable obligé à toute autre innovation. Son principe est d'un rationalisme lumineux : une cour d'appel par région, un tribunal de grande instance (TGI) par département avec, au cas par cas, des dérogations de bon sens. Fini, donc, le palais poussiéreux où une poignée de magistrats rend moins de mille décisions par an. Et ce, pour le plus grand bénéfice des justiciables, à qui serait offert de la sorte un service public plus compétent, plus rapide et, pourquoi pas, indiscutable.
À peine installée Place Vendôme, Rachida Dati a, bravement, lancé la réflexion par le biais d'une consultation interne. Les chefs de cour (procureurs généraux et premiers présidents de cour d'appel) vont rendre incessamment leur copie, ressort par ressort. Dans le même temps, les rumeurs, démenties par la Chancellerie, font état d'ambitions revues à la baisse. « On nous avait promis le tour du monde à la voile, mais tel que c'est parti, ça va se finir en canotage sur le lac du bois de Boulogne », ironise un haut magistrat parisien. « Ce sont les tribunaux d'instance (près de la moitié des 473 existants), compétents pour les petits litiges, qui vont trinquer, croit savoir un bâtonnier de province, ainsi que des tribunaux de commerce et des conseils de prud'hommes. Une vingtaine seulement de TGI (sur 181) sont sur la sellette. »
Ce résultat serait d'autant plus navrant que les obstacles, d'avance, étaient clairement identifiés et donc surmontables. Nul n'ignore les réticences des avocats. Un TGI qui ferme, c'est un barreau qui disparaît, et avec lui le poste envié de bâtonnier. De surcroît, l'existence de nombre de cabinets de taille modeste installés dans de petites villes, repose sur un gros client institutionnel (banque, assurance), qui dispose d'un conseil auprès de chaque TGI.
Les magistrats, eux, se demandent pour leur part à quelle sauce ils vont être mutés. L'USM, leur principale organisation syndicale, critique une approche purement quantitative, sans pour autant s'opposer au principe d'une nouvelle carte judiciaire. Elle évoque un « redéploiement qualitatif » de juridictions, affirmant que ce sont parfois les plus petites cours qui fonctionnent le mieux. La méthode Dati, bien que fondée sur la consultation de la base, ne la satisfait guère : c'est au gouvernement de réformer, explique-t-on en substance - oubliant l'antienne des réformes imposées à une base dont l'avis n'est jamais sollicité.
Mais les plus farouches détracteurs d'un redéploiement, ce sont les élus locaux, maires, députés, conseillers généraux. Le tribunal constitue, pour une localité, un lieu de pouvoir et de prestige, avec son barreau, ses fonctionnaires. Et comme beaucoup de parlementaires sont avocats de profession, il est facile de comprendre pourquoi certains intérêts corporatistes convergent...
La teneur des rapports des chefs de cour méritera d'être scrutée à la loupe. S'ils conduisaient le gouvernement à engager une réformette - ou s'ils constituaient une sorte d'alibi pour s'y cantonner -, alors que sur le fond, chacun sait que la grande réforme est urgente, les citoyens seraient fondés à désespérer davantage encore de l'institution. Fermer les 207 tribunaux d'instance qui rendent moins de 1 300 jugements civils par an, selon le critère qui circule sous le manteau, et sauvegarder des TGI somnolents ? Cela aurait, politiquement, l'avantage de faire du chiffre sans faire de vagues, car les TI, généralement situés hors des palais de justice, sont moins « visibles ». Mais quid de la justice de proximité, priorité affichée de ces dernières années, puisque ce sont justement les TI qui traitent des « petites affaires » lesquelles, pour ceux qui sont concernés, revêtent une importance considérable ? Après la déflagration d'Outreau et les propositions de la commission d'enquête parlementaire traitées avec une désinvolture choquante par le gouvernement précédent, comment expliquer aux citoyens une reculade sur un sujet certes technique, mais qui les concerne tous ? On leur répète assez souvent que la justice est rendue au nom du peuple français, pour ne pas s'obstiner à organiser cette justice au bon vouloir des élites.
Stéphane Durand-Souffland, (Le Figaro) 

Carte judiciaire : les avocats veulent être associés, par Frank Natali

Point de vue publié dans LE MONDE

a Conférence des bâtonniers, qui réunit l'ensemble des barreaux de France, réfléchit depuis longtemps à l'avenir et aux perspectives d'évolution des juridictions de notre pays. L'organisation judiciaire conditionne l'exercice de la justice et son accessibilité pour nos concitoyens. Ce débat n'est donc pas un débat de spécialistes, mais un véritable débat de société. Il s'agit, en effet, de préserver le droit pour nos concitoyens d'accéder librement au juge et au service public de la justice et d'améliorer le fonctionnement de celle-ci pour une justice de qualité.

Il existe aujourd'hui 1 200 juridictions en France, regroupées sur 800 sites, mais il n'y a que 181 tribunaux de grande instance (TGI), qui sont le coeur de l'activité judiciaire. Leur implantation résulte de l'histoire, des données économiques et géographiques, et assure un maillage du territoire qui paraît adapté pour 63 millions de justiciables potentiels. Autour de ces tribunaux, dont la fonction est essentielle, les avocats se sont groupés en barreaux et assurent le conseil et la défense. Supprimer ces juridictions mettrait en péril leur présence et risquerait à terme de conduire à l'existence de déserts juridiques et judiciaires.

Un premier aperçu de cette évolution nous est donné par la mise en place prochaine des pôles de l'instruction. Voulus par le législateur à la suite de l'affaire dite d'Outreau, ces pôles, faute de moyens, vont être installés au niveau départemental, voire au niveau régional, contribuant ainsi à éloigner la justice du justiciable.

Dans une lettre adressée aux bâtonniers, le 16 mars, le président de la République, alors candidat, indiquait : "... quant à la carte judiciaire, chacun sait qu'elle a besoin, après deux siècles d'existence, d'être réaménagée pour tenir compte des évolutions démographiques et contentieuses. Mais cette réforme ne se fera ni contre les barreaux, ni surtout sans eux"...

Les barreaux de France ont apporté leur contribution et élaboré une proposition de réforme qui peut se résumer en quatre grandes propositions : la réunion, à terme, au siège actuel des TGI, de la justice civile, pénale, commerciale et sociale pour rationaliser l'organisation territoriale, mutualiser les moyens, garder le contact avec le juge, qui doit pouvoir exercer pleinement sa fonction ; simplifier les modes de saisine des juridictions, celles-ci devant continuer à traiter tous les contentieux avec éventuellement l'aide de juges spécialisés du ressort de leur cour ; généraliser la représentation des justiciables par leur avocat pour faciliter l'accès au droit, de plus en plus complexe, et améliorer les conditions de traitement des dossiers ; renforcer la protection du droit.

Il est donc possible d'allier efficacité et proximité. Rendre la justice plus moderne (notamment par l'utilisation des nouvelles technologies) et de meilleure qualité impose une mobilisation de tous les acteurs du monde judiciaire sans qui rien n'est possible. L'expérience démontre que la centralisation ou la spécialisation à outrance ne sont pas de bonnes solutions. Sur ce sujet, ne mettons pas en péril les équilibres si délicats qui permettent le fonctionnement de la justice. Les propositions de la Conférence des bâtonniers vont en ce sens.


Frank Natali est président de la Conférence des bâtonniers.

30/06/2007

LE SCANDALE DES PRISONS: Rachida Dati annonce un comité d'orientation

Rachida Dati (Reuters)

Rachida Dati (Reuters)

 

La ministre de la Justice Rachida Dati a annoncé vendredi 29 juin qu'elle installerait le 9 juillet à la Chancellerie un "comité d'orientation sur la loi pénitentiaire". Ce projet devrait être présenté avant la fin de l'année.
Le comité d'orientation, destiné à faire des propositions, sera composé de magistrats, de professionnels de l'administration pénitentiaire, d'organisations syndicales et de personnalités et associations de la société civile, a-t-on précisé à la Chancellerie.

Contrôleur général indépendant des prisons

Dans cette loi, "on mettra le paquet sur la réinsertion", a promis la ministre, lors d'une visite au Palais de Justice de Paris, citant notamment le travail, l'éducation et la formation des détenus.
Dans un récent entretien au journal Le Monde, elle avait expliqué qu'elle comptait aussi introduire des mesures sur les conditions de travail du personnel pénitentiaire et entamer "le dernier plan de construction d'établissements pénitentiaires (qui) permettra de disposer de nouvelles places dans les deux années qui viennent".
Par ailleurs, ce projet de loi devrait créer un contrôleur général indépendant des prisons.

23/06/2007

La garde des Sceaux détaille les principales mesures de la réforme judiciaire qu’elle compte mener

A bobigny et dans une ITW au Figaro, Rachida Dati s'explique

medium_rachida_bureau.jpgLa carte judiciaire. « Une justice proche des gens, ce n’est pas une justice à dix kilomètres de chez soi. C’est une justice qui répond vite et dans des termes compréhensibles par tous ». Rachida Dati résume ainsi sa conception de la justice française, une façon nouvelle de justifier la réforme de la carte judiciaire, qui commencera en 2008, ainsi qu’elle l’a déclaré au Figaro. « Les moyens de la Justice sont dispersés », martèle la nouvelle garde des Sceaux, égrenant les « 35 cours d’appel, 181 tribunaux de grande instance, 275 conseils des prud’hommes, 475 tribunaux d’instance et autant de tribunaux de proximité ».
« Une infraction, une réponse ». Pour Rachida Dati, Nicolas Sarkozy « a été élu sur un mandat clair » en matière judiciaire. Elle compte donc mener à bien le chantier de la fermeté, notamment envers les délinquants mineurs. Pour cela, elle annonce que, « pour la première fois depuis des années », elle adressera directement au parquet une « circulaire d’action publique », qui guidera l’action des procureurs selon le principe « une infraction, une réponse ». « 80% des mineurs sanctionnés ne récidivent pas », justifie-t-elle.
Pôle anti-discrimination. « Je ne veux plus qu'une partie de la population française pense que la justice n'est pas faite pour elle, qu'elle est même faite contre elle ». Pour lutter contre ce sentiment d’exclusion, Rachida Dati promet une « pôle anti-discrimination » dans chaque parquet. Soit une équipe d'un magistrat du siège et d'un délégué du procureur qui « se rendront sur le terrain pour coordonner un véritable réseau local de lutte contre les discriminations ».
Expériences. Rachida Dati se dit prête à l’expérimentation. Elle pourrait ainsi tester la « dissociation » du juge pour enfants. A l’heure actuelle, celui-ci remplit deux missions : juger les mineurs délinquants et protéger les mineurs victimes. La garde des Sceaux propose de séparer les deux fonctions dans le cadre d’une expérience.
Mettre un terme à la « fracture numérique judiciaire ». « Les avocats doivent pouvoir suivre en temps réel l’état d’avancement d’un dossier sans devoir se déplacer à chaque fois », estime Rachida Dati, qui appelle de ses vœux la « numérisation » et la « dématérialisation » de la procédure judiciaire. Vaste chantier s’il en est. Au chapitre des moyens, la garde des Sceaux annonce également une « grande campagne de recrutement de psychologues en 2008 », ainsi que l’ouverture de cinq centres éducatifs fermés spécialement dédiés aux mineurs souffrant de troubles du comportement. Elle a enfin promis une enveloppe de 1,2 millions d’euros pour sécuriser le tribunal de Bobigny, l’un des plus surchargés de France.