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02/11/2007

PRISONS: Un reportage du Monde à Metz

Au centre pour peines aménagées de Metz, les détenus se préparent à la liberté


l a une heure de retard, et il ne trouve pas de place pour se garer. Didier (les prénoms ont été changés) a téléphoné pour prévenir. Il avait deux heures pour refaire des papiers à Briay, à plusieurs dizaines de kilomètres de Metz, et passer dans une agence d'intérim pour s'assurer qu'il pouvait bien travailler le lendemain. L'angoisse monte car ce jeune homme de 25 ans ne doit pas être en retard. Didier est un condamné en semi-liberté, hébergé dans un centre pour peines aménagées (CPA) au coeur de Metz. Depuis le début du mois de septembre, il vit dans une cellule sans barreaux pour préparer sa libération conditionnelle. Elle est fermée la nuit. Il circule comme il veut dans le centre pendant la journée. Il est là pour six mois, après avoir passé deux ans et demi à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu. Il a été condamné à trois ans d'emprisonnement auxquels se sont ajoutés deux ans de révocation d'un sursis.

Avant de sortir, Didier récupère son téléphone portable et son argent dans un casier. Il retrouve sa Citroën Saxo, gardée par son père pendant la détention. "Le fait d'être privé de liberté, c'est le pire des châtiments. Ça fait réfléchir. Je l'ai pris comme un bien. Ma vie, ce n'est pas la délinquance. Faire le bandit ça paye sur le coup, mais ça coûte cher ensuite", dit-il.

PROJET DE RÉINSERTION

Pour bénéficier du régime de semi-liberté, Didier avait obtenu un contrat à durée indéterminée, dans une société de mécanique. Mais le patron a eu des problèmes. Didier a quelques semaines pour retrouver du travail. En attendant, il multiplie les contrats d'intérim, en espérant trouver une place fixe. Sinon, il risque de retourner dans une prison classique.

 

Le CPA de Metz se trouve dans un ancien centre de détention, dont une moitié a été rénovée. Il reçoit des détenus en semi-liberté, qui arrivent sur décision d'un juge d'application des peines, comme Didier, à condition d'avoir un projet de réinsertion pour sortir. Mais le centre reçoit aussi des détenus qui effectuent de courtes peines, pour les aider à construire un projet de vie. Seulement trois établissements de ce type existent en France : à Marseille, à Villejuif et à Metz.

Les détenus sont sélectionnés par l'administration pénitentiaire, après une demande transmise à un travailleur social. Les dossiers sont examinés en commission à la prison et la liste des détenus choisis est ensuite envoyée au procureur et au juge d'application des peines. Omar a été condamné à un an de prison. Il a passé trois mois à la prison de Metz-Queuleu et si tout se passe bien, il purgera le reste dans le centre. Il a eu connaissance de la procédure "par le bouche-à-oreille" : "On en entend vite parler dans la prison, c'est la seule échappatoire."

"C'est un peu l'hôtel : vous restez dans votre chambre, vous prenez votre douche quand vous voulez", explique Didier. Les détenus rejoignent le centre par groupes d'une dizaine. Ils y restent de 4 à 6 mois. Environ 25 % d'entre eux sont renvoyés à la maison d'arrêt en raison de problèmes de drogue ou d'alcool. "Nous avons un règlement très strict. Il s'agit de responsabiliser les personnes. Certains nous disent qu'ils étaient plus tranquilles en maison d'arrêt", explique le directeur adjoint du centre, Daniel Perrin. Ici travaillent 32 gardiens et deux conseillers d'insertion et de probation pour un maximum de 77 détenus.

A leur arrivée, les prisonniers entrent en contact avec différentes associations et institutions : ANPE, comité local pour le logement des jeunes, association de prévention des toxicomanies. Chacun devra élaborer son parcours avec les conseillers d'insertion et de probation. Ces intervenants travaillent avec le centre depuis sa création, en 2002. Ils aident les détenus à faire le bilan de leur situation par rapport aux Assedic, au RMI, à la Sécurité sociale. Mais il appartient aux condamnés d'entreprendre les démarches. A eux de demander une permission de sortie, de rapporter un justificatif de leur déplacement. Certains sont orientés vers une formation. Mais tous veulent surtout travailler et gagner de l'argent.

"Le travail est facile à trouver grâce à l'intérim. Nous essayons parfois de les freiner, pour qu'ils puissent faire autre chose", explique M. Perrin. L'agence d'intérim sait d'où vient son client, mais l'entreprise rarement. Sur 239 personnes sorties du CPA, de 2004 à 2006, seules 47 ont été à nouveau écrouées. "Le plus souvent pour des faits moins graves", souligne M. Perrin. "Ce sont des tremplins pour la réinsertion, confirme Didier. C'est dommage qu'il n'y en ait pas plus."


Alain Salles

Article paru dans l'édition du 03.11.07