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29/06/2007

Carla del Ponte et les criminels de guerre:''Il est essentiel que les derniers fugitifs soient traduits en justice''

Textes repris sur RELATIO

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''Le Conseil de l'Europe et le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ont le même objectif : lutter contre l'impunité et favoriser la réconciliation. Nous pouvons et devrions donc coopérer étroitement pour y parvenir '', a déclaré Carla del Ponte, procureur du TPIY, devant l'Assemblée le 28 juin. ''Il est essentiel que les derniers fugitifs soient traduits en justice'', avant que le mandat du tribunal n'expire, a-t-elle ajouté, car l'incapacité d'arrêter les fugitifs à temps ''aurait un impact négatif durable sur les victimes et créerait un précédent terrible pour la région toute entière''. Mme del Ponte s'est félicitée que les membres du nouveau gouvernement serbe aient confirmé qu'ils s'engageaient résolument à apporter toute l'assistance nécessaire pour localiser et arrêter les fugitifs.
Vidéo
Conférence de presse

Sur le site du parelement européen, une ITW de Carla del PONTE

 

Carla del Ponte : « Ma motivation, ce sont les victimes des crimes de guerre »
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Carla del Ponte "J'ai besoin de mes fugitifs !"
Elle traque, inculpe et juge les criminels de guerre : Carla del Ponte, la médiatique procureur général du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), était au Parlement mardi 26 juin. Dans un entretien exclusif, elle raconte son travail peu ordinaire, mais aussi son espoir de voir les quatre criminels fugitifs -dont Mladic et Karadzic- être finalement arrêtés et le nouveau gouvernement serbe coopérer pleinement avec le TPIY. Rencontre avec une femme de poigne.
Née en Suisse, Carla del Ponte s’est d’abord fait connaître par son infatigable combat contre le crime organisé. Souvent, à ses risques personnels. Depuis 1999, elle poursuit les responsables d’un des plus odieux conflits de l’Europe d’après-guerre : le conflit dans l’ex-Yougoslavie. Tenace et médiatique, le procureur général du TPIY a déjà inculpé 161 personnes, impliquées dans des affaires de génocide, viols ou crimes de guerre. L’ancien président yougoslave, Slobodan Milosevic, en fait partie.
 
Quel a été, selon vous, le plus grand succès du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) ? Cela a-t-il aidé à la réconciliation dans les pays de l’ex-Yougoslavie ?

 
« Le plus grand succès du TPIY est d’avoir su inculper 161 responsables politiques et militaires pour les crimes affreux commis pendant la guerre dans l’ex-Yougoslavie : crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Il est désormais reconnu par tous que le massacre de Srebrenica était un génocide. C’est la réussite du combat contre l’impunité des hommes et femmes de pouvoir. C’est une réussite pour l’application d’une justice basée sur la convention contre le génocide et les conventions de Genève (ndlr : qui règlent notamment la protection des civils en temps de guerre). C’est extrêmement important.
 
La réconciliation est un sujet beaucoup plus difficile. Il faut que justice soit rendue, mais cela ne suffit pas pour réconcilier les peuples. La justice n’est qu’une des composantes de la réconciliation. La réconciliation aura lieu lorsque les populations accepteront le passé et qu’une nouvelle génération informée décidera de s’impliquer pour un avenir de paix et de démocratie. La justice internationale est un premier pas mais un second pas doit être fait par les autorités locales et nationales : elles doivent admettre la vérité et les faits du conflit. Un troisième pas important sera engagé par la nouvelle génération, dans les écoles et les universités. Mais tout cela prend du temps. »
 
L’Union Européenne a récemment repris les négociations avec le gouvernement serbe, sur un Accord de Stabilisation et d’Association. Cela signifie-t-il que Belgrade coopère désormais pleinement avec le TPIY ?
 
« Oui, en l’espace de deux semaines, les autorités serbes ont livré deux fugitifs importants au Tribunal ; et on nous a rapporté que cela avait été difficile de les arrêter. Je demande maintenant que Ratko Mladic et Radovan Karadzic (ndlr : 2 ex-dirigeants politique et militaire bosno-serbes accusés, depuis la fin de la guerre en Bosnie-Herzégovine en 1995, de «génocide » et « crimes contre l'humanité ») soient arrêtés et déférés auprès du TPIY à La Haye, dès que possible.
 
Je pense que le nouveau gouvernement serbe a enfin la volonté politique de coopérer avec nous : ils ont non seulement livré deux criminels recherchés, mais nous avons aussi reçu de nombreux documents que nous demandions depuis des mois, et nous avons eu accès à certains témoins. Donc nous sommes sur la bonne voie pour parler de coopération pleine et entière -mais j’ai besoin de mes quatre fugitifs ! Sans ces quatre fugitifs, ce ne sera jamais une coopération totale. Ratko Mladic en particulier : ils peuvent livrer Mladic !
 
J’ai besoin du soutien de l’Union Européenne : dans les deux, trois mois qui viennent, elle doit maintenir la conditionnalité (ndlr : principe liant le progrès des négociations du nouvel Accord d’Association UE-Serbie à la coopération du gouvernement serbe avec le TPIY). Nous sommes dans un moment crucial : si la Serbie ne livre pas les fugitifs très vite, cette année, ce sera à l’avenir extrêmement difficile, voire impossible. J’espère que l’Union Européenne continuera à me soutenir comme elle l’a fait avant -malgré diverses pressions politiques. »
 
Si à l’avenir, les députés européens sont amenés à examiner les demandes d’adhésion de pays de l’ancienne Yougoslavie, quels standards devront-ils exiger ?
 
« Je suis procureur, je ne suis pas impliquée dans la politique. J’essaie d’en rester extérieure, même si parfois j’en approche les frontières. Mais j’ai besoin d’avoir mes fugitifs et d’avoir la coopération qui me permette d’exécuter mon mandat. Dans tous les cas, je dirais que si les pays de l’ancienne Yougoslavie cachent des criminels de guerre, ils ne devraient pas être autorisés à adhérer à l’Union Européenne. On ne parle pas de fugitifs bas ou moyen de gamme, on parle de criminels de haut-rang, responsables des crimes les plus atroces. Nous verrons ce qu’il adviendra à l’avenir. »
 
Personnellement, qu’est-ce qui vous motive et vous aide à aller de l’avant dans votre carrière ?
 
« D’abord c’est mon travail : je suis procureur depuis des années. Mais ma plus grande motivation, ce sont les victimes de ces crimes. Vous pouvez imaginer à quel point avec ces crimes de guerre, ces crimes contre l’humanité...les gens souffrent d’une manière incroyable. Moi et mes collaborateurs sommes motivés de voir les victimes constater que justice a été rendue. C’est incroyable, et ça nous donne une motivation immense. »


Site du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie

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