« Un expert de l'ONU fustige le ministère de Hortefeux | Page d'accueil | Lier DEMOCRATIE et DROITS DE L'HOMME »

12/06/2007

L'immigré, ce bouc-émissaire trop facile

Sur le NouvelObs.com, Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS sur les questions d'immigration et auteur de plusieurs ouvrages sur l'identité française donne son point du vue sur le projet de loi Hortefeux

medium_PatrickWeil3.jpgQue permet l'instauration de l'obligation d'un niveau de salaire minimum dans le cadre du regroupement familial?

- Il existait déjà une obligation de salaire minimum. Le niveau des ressources a été de nouveau élevé. Cette mesure instaure aussi un test de langue dans le consulat du pays d'origine pays, avant l'arrivée des immigrants. Cela vise à empêcher le regroupement familial par tous les moyens alors qu'il s'agit d'un droit fondamental inscrit dans la Constitution et la Convention européenne des droits de l'Homme. Les pauvres seront repoussés pour des raisons financières. Et ceux dont les revenus sont suffisamment élevés seront confrontés à de nouvelles contraintes.

L'immigration représente-t-elle un coût pour la collectivité?
- Ce sont les nouvelles mesures prises qui représentent un coût pour la collectivité. Car il faut embaucher des fonctionnaires pour organiser des tests, financer de nouvelles procédures. Cette loi est le signe d'un acharnement inquiétant. Il s'agit de la 3e législation en moins de quatre ans. La première ayant eu lieu à la fin de l'année 2003, en novembre. Le gouvernement aurait mieux fait de s'attacher au travail administratif et d'en simplifier les rouages.
A l'inverse, on assiste à une frénésie législative. Le but est d'envoyer des signaux aux racistes et aux anti-immigrés. Nicolas Sarkozy adresse un message codé au Front National. Mais aussi aux personnes originaires des pays d'Afrique et d'Asie qui n'ont pas beaucoup de qualifications.
Il veut empêcher le droit familial et le droit d'asile de s'appliquer. Déjà, quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy voulait limiter le regroupement familial par des quotas. Mais cette mesure n'était pas constitutionnelle. Il utilise donc des moyens qui sont à la limite du droit constitutionnel car ils ne respectent pas le "droit à une vie familiale normale". On peut se demander pourquoi ces mesures n'ont pas été incluses dans la loi de juillet 2006? Dominique de Villepin et Jacques Chirac y étaient-ils opposés?

Ce dispositif aboutira à favoriser une immigration illégale. Les immigrés entrés clandestinement seront inexpulsables car ils seront protégés par la Convention européenne des droits de l'homme.

Comment expliquer cette demande des électeurs de restrictions à    l'immigration?

- On peut l'expliquer par la façon dont les hommes politiques leur ont expliqué que les problèmes du pays venaient de l'immigration. Ce projet de loi n'a aucun sens si l'on se veut respectueux des principes de notre république.

Il existait déjà des "contrats  d'accueil" et le regroupement familial concerne très peu de personnes: 23.000,  enfants compris, un chiffre devenu insignifiant.

Au moment des émeutes de 2005, Nicolas Sarkozy a clairement pointé du doigt les immigrés en situation irrégulière, en annonçant que tous ceux qui auraient été responsables des  violences seraient expulsés. Résultat, il en a expulsé deux. C'est un faux débat. Notre pays connaît beaucoup moins d'immigration que  l'Espagne ou l'Italie. La xénophobie est le produit de beaucoup de facteurs, notamment le chômage. Elle est également alimentée par l'attitude de notre ancien ministre de l'intérieur devenu président qui transforme l'immigré en bouc émissaire.


Propos recueillis par Alain Roux

 

Les commentaires sont fermés.