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05/12/2006

L'ambassadeur et les faux visas bulgares...

Cinq mois de prison avec sursis pour l'un, huit mois avec sursis pour l'autre. Tel est la peine demandée par le ministère public à l'encontre de l'ancien ambassadeur de France en Bulgarie Dominique Chassard et l'ex-chef du service des visas à Sofia Rudy Demange, jugés devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Tous deux sont accusés d'avoir permis la délivrance de milliers de visas basés sur de faux documents entre 1999 et 2000.

"Le problème, c'est qu'on était en sous-effectif chronique", a expliqué Rudy Demange lundi devant le tribunal correctionnel. Trois employés bulgares, a-t-il dit, étaient chargés de traiter un nombre de demandes qui montera jusqu'à 9 000 par mois durant la période concernée. Lui-même ne disposait que de "32 secondes" par dossier.

"Dans la rue, c'était noir de monde", a-t-il ajouté en décrivant, à la porte de l'ambassade, une économie parallèle faite de vendeurs d'attestations en tous genres, de rédacteurs de formulaires et de bureaux de change ambulants proposant leurs services aux demandeurs.

L'affaire avait éclaté en mars 2000 avec l'interpellation à Strasbourg de deux prostituées bulgares détentrices de visas d'affaires octroyés à la demande d'une même entreprise.

L'enquête révélera que cette société, dirigée par un Français, était à l'origine de 206 visas d'affaires délivrés entre fin 1999 et début 2000, dont 195 étaient des faux, comme l'a reconnu à l'audience l'épouse bulgare du chef d'entreprise.

"Rétablir une relation bilatérale forte"
Les enquêteurs français découvriront que le nombre de visas octroyés par l'ambassade de France à Sofia est passé de 25 000 en 1999 à 65 000 en 2000, alors que l'obligation de visas pour les Bulgares allait être supprimée le 14 avril 2001. Nombre de ces demandes émanaient d'agences de tourisme ou de complexes hôteliers plus ou moins liés à des réseaux de prostitution.

La "vente" des visas par des officines se faisant fort de les fournir à des tarifs allant de 400 à 1.000 marks (200 à 500 euros) faisait alors l'objet de publicités dans les journaux et jusque sur les murs de l'ambassade et des bâtiments environnants.

Rudy Demange a reconnu que "90% des dossiers de demandes de visas contenaient des faux documents. Compte tenu de la politique menée par l'ambassadeur et par la France, il fallait suivre le rythme", a-t-il dit.

Dominique Chassard, qui fut nommé ambassadeur à Sofia en avril 1999, a reconnu qu'"il y avait la nécessité de rétablir une relation bilatérale forte. La question des visas figurait expressément en bonne place".

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