01/11/2006
RUSSIE: NE PAS OUBLIER LE GOULAG
SELECTION DpJ DANS LE MONDE : "Un oeillet à la main, certains marquent un arrêt devant les panneaux de photographies d'une histoire tragique qu'ils ont eux-mêmes - ou leurs parents - traversée. On y voit les camps de concentration soviétiques par lesquels seraient passées 18 à 20 millions de personnes de 1929 à 1953 (année de la mort de Staline). Ce lundi 30 octobre, la Russie commémore les victimes de la répression politique de l'époque soviétique. Sur la place de la Loubianka (le siège du FSB, l'ex-KGB) et sous les premiers flocons, près de 1 000 personnes se sont rassemblées autour du symbole qu'est la pierre Solovetski, rapportée de l'ile Solovki au nord de la Russie, où le premier goulag fut ouvert.

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"A sept ans, j'étais déjà une ennemie du peuple", raconte Vanda Khlebinskaia, serrant une bougie dans sa main. "On nous a arrêtés à 4 heures du matin, ma mère et mes trois frères et soeur. Nous avions le droit d'emporter 100 kilogrammes d'affaires. Puis on nous a jetés dans des wagons pour l'Altaï, près de la Mongolie", poursuit-elle.
C'était le début de dix-huit ans de déportation. Vanda passera la majeure partie de tout ce temps en Sibérie, sur le bord de la mer de Laptev. Elle se souvient des tempêtes de neige glaciales du Grand Nord, et des yourtes où on les entasse à cinquante. Les passeports sont saisis, ils ne peuvent s'enfuir. Ils doivent travailler, ne rien dire. "On voyait des gens mourir autour de nous tous les jours. Et aujourd'hui, on reste avec des questions : qui a dénoncé mon père ?, comment ?, par quelle méthode a-t-il été arrêté ? Et que retiendra la Russie de tout cela ?", s'interroge-t-elle. L'association Mémorial, association russe de défense des droits de l'homme créée en 1988 par le Prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, tente de reconstituer l'histoire des millions de victimes des camps staliniens et de la répression soviétique.
AUCUN RECENSEMENT N'EXISTE
Mais les archives de l'ex-PCUS, ouvertes en 1991, sont devenues plus difficiles d'accès depuis 1995. L'association vient de publier une liste d'un million cinq cent mille personnes qu'elle a pu reconnaître comme victimes de la terreur. Le travail reste laborieux car aucun programme public de recensement n'existe. Le président Vladimir Poutine, encore au FSB un an avant son arrivée au pouvoir en 2000, a toutefois demandé, lundi, au gouvernement d'aider "les organismes de justice dans la réhabilitation des victimes".
Vanda Khlebinskaia, aujourd'hui âgée de 73 ans, a été réhabilitée en 1962. Pour ces années de répression, de déportation, elle reçoit aujourd'hui de l'Etat 350 roubles par mois (10 euros) qui s'ajoutent aux 4 000 roubles (117 euros) de sa retraite. "De quoi avoir le pain, dit-elle, sans le thé qui va avec."
Les victimes encore là pour témoigner semblent se heurter à l'admiration que portent certains à Staline comme chef militaire de la guerre patriotique (1941-1945) et aux lacunes des élèves.
"Nous espérions l'édification d'un vrai mémorial aux victimes de la répression politique mais nous ne voyons toujours rien", a regretté Evgeni Bounimovitch, député libéral à la Douma de Moscou. La petite estrade sur laquelle se sont succédé des personnalités faisait dos à la Loubianka, dans les caves desquelles de nombreux "traîtres" sont morts sous la torture et les balles. Un manifeste adressé au président Poutine a été adopté demandant, outre un mémorial, le rétablissement dans la loi de la notion de "préjudice moral" et la délivrance à toutes les victimes de compensations plus élevées.
Madeleine Vatel (LE Monde)
02:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : russie, totalitarisme, histoire, droits de l'homme








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