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28/05/2005
La formation des citoyens passe par la formation des enseignants
Comment préparer nos enfants à vivre dans un monde fait d'incertitudes tout en cultivant leur optimisme, leur curiosité et leur capacité d'ouverture et de tolérance ? La volonté d'affronter ce défi à travers un large consensus politique a fait de la Grande Bretagne un des pays leaders de l'éducation à la citoyenneté démocratique (ECD) en Europe. Interview avec David Kerr, coordinateur national de l'ECD pour le Royaume-Uni, chercheur à la Fondation Nationale de Recherche sur l'Education, reprise sur le site du Conseil de l'Europe
"Question : Quelle est la valeur ajoutée de l'Année européenne pour les politiques d'ECD au Royaume-Uni ?
David Kerr : Ne bénéficiant que d'une faible tradition en matière d'ECD, le pays a connu une soudaine impulsion dans le domaine des politiques et des pratiques de l'ECD. Cette impulsion a fait des quatre pays constituant le Royaume-Uni des leaders européens en la matière. Nous travaillons dur à traduire en pratiques effectives les politiques de l'ECD.
Un large consensus politique contribue à ce que l'ECD ne soit pas identifiée comme une priorité de tel ou tel parti politique, mais comme un objectif national. La réforme du curriculum national, démarrée en 1997, a abouti à la mise en place en 2002 d'une nouvelle matière d'enseignement : la Citoyenneté, dans le programme des écoles en Angleterre.
L'Année européenne a donné confiance à tous ceux qui dans notre pays travaillent dans le domaine de l'ECD, leur montrant que ce n'est pas seulement un enjeu national, mais aussi un défi important pour tous les pays en Europe et au-delà. Comment préparer nos enfants à vivre dans un monde fait d'incertitudes tout en cultivant leur optimisme, leur curiosité et leur capacité d'ouverture et de tolérance ?
L'Année européenne contribue aussi à ce que les quatre pays composant le Royaume-Uni (l'Angleterre, l'Irlande du Nord, le Pays de Galles et l'Ecosse) comparent et coordonnent leurs approches en matière d'ECD. Une conférence à Manchester en mai prochain sera l'occasion de partager avec des collègues européens, les pratiques en vigueur au Royaume-Uni.
Question : Une enquête récente de la Fondation Nationale de Recherche sur l'Education en Grande Bretagne indique que les institutions de l'Union Européenne et les institutions politiques en général sont très peu enseignées dans le cadre de l'ECD. Ce constat coïncide avec la faible confiance que les étudiants britanniques accordent aux élus nationaux et surtout aux élus européens. Comment expliquez-vous cette situation ?
David Kerr : La flexibilité est une des forces de l'ECD en Angleterre: on n'impose pas de manuels obligatoires, mais seulement un solide cadre de référence pour le programme d'enseignement. Ensuite, les forces du marché décident de la viabilité de tel ou tel manuel, selon la demande des écoles et des enseignants. Les professeurs sont libres de choisir les sujets qu'ils traiteront dans les salles de classe en accord avec le cadre de référence: du référendum sur la Constitution européenne aux problèmes de la commune au niveau local. Certains enseignants n'ont cependant pas l'assurance nécessaire pour aborder la complexité des processus électoraux ou les institutions européennes. Ils se sentent peu préparés pour enseigner une approche institutionnelle de la politique.
La nouvelle Constitution européenne, par exemple, est perçue par les professeurs comme une somme d'enjeux très techniques dont ils s'estiment incapables de peser les tenants et les aboutissants, d'autant plus que ce sujet est le grand absent du débat public en Angleterre. Voilà pourquoi, la formation des enseignants est d'une importance primordiale pour l'ECD au Royaume-Uni mais aussi en Europe.
Question : Vous êtes un des principaux auteurs de l'Etude paneuropéenne des politiques d'ECD. Quelles ont été les principales conclusions de cette étude ?
David Kerr : L'Etude paneuropéenne a aidé le Conseil de l'Europe dans la formulation et la hiérarchisation des priorités du programme de l'ECD. Les conclusions de l'étude européenne ont souligné la nécessité de former les enseignements, d'exercer une évaluation permanente, de veiller à la qualité de l'enseignement formel et informel de la citoyenneté démocratique.
Les rapports régionaux, basés sur les études des cas nationaux ont fourni des clés de compréhension quant à la diversité des pratiques et des problèmes de la mise en oeuvre de l'ECD dans les pays européens. Je suggère que ces rapports soient rendus plus accessibles au public à travers une meilleure visibilité sur le site du Conseil de l'Europe."
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